Quelles disciplines martiales pratiques-tu et depuis combien de temps ?
Actuellement, tout d’abord je m’entraîne – le plus régulièrement possible - le lundi soir en Jujutsu Brésilien et le samedi matin en boxe thaï. Pour cette dernière discipline, cela fait deux ans que je m’exerce à cette forme de boxe et c’est réellement une belle forme de combat pour laquelle j’aurai aimé m’investir bien plus et bien plus tôt ! Quant au JJB, j’ai débuté avec mon ami César Gomez Vasquez en 1998. Cependant, mes entraînements ont été très irréguliers. Ensuite, j’entraîne en Kajukenbo un petit groupe de personne le mardi soir et parfois le jeudi ou vendredi soir en fonction de la disponibilité d’une salle où il y a un tatami …s’ajoute le Wing Chun, le mercredi avec deux personnes ; pour l’une nous abordons le système complet et pour l’autre, juste le chi sao. Enfin, le week-end, je m’entraîne seul où avec des partenaires. Lors de ces séances personnelles, je fais du mannequin de bois, le bâton du Wing chun, du kali et bien évidemment le xin yi bagua … le cœur de cet entretien ! Pour répondre et pour en finir totalement avec ta question, je pratique les arts martiaux et les sports de combat depuis 1981 avec une prédominance pour d’une part le Wing chun et d’autre part, un travail personnel multi disciplinaire ; fruit de ma curiosité dans les diverses méthodes de combat que j’ai pu rencontrer : karaté, kempo, pencak silat, boxe française, pancrace, tai chi chuan, kali …
Comment as-tu rencontré Daniel Belotti et comment as-tu entendu parlé de son école ?
J’ai rencontré Daniel Belotti lorsqu’il vivait à Mas Cabardies – un petit village situé près de Carcassonne. Je l’avais contacté par l’intermédiaire de James Nener, un pratiquant de la région de La Rochelle (qui m’a d’ailleurs fait connaître aussi Gorka Echarri pour le pencak silat Pukulam cimande pusaka) avec lequel j’avais sympathisé lors des stages que nous organisions avec César Gomez Vasquez pour faire connaître le Kajukenbo de Angel Garcia.
J’avais fait le tour d’un grand nombre de professeur de wing chun sans trouver mon bonheur ! La proximité avec Toulouse fit le reste … J’ai donc débuté en entraînement privé avec Daniel en Wing chun puis au fil de mon avancée en Wing chun, j’ai découvert progressivement sa pratique du Xin yi bagua. J’avais pratiqué le Hsing i chuan et le Bagua avec Philippe Granget – élève de Su Dong Chen. Avec Daniel, j’ai vu une autre facette de cette école et surtout, j’ai pris conscience des divers jeux de forces opposées qui sont à la base du mouvement. J’ai mis une meilleure intention et peut être plus de cœur à l’ouvrage à m’entraîner, bien que j’avais auparavant fait du Tai chi chuan et du chi kung avec un professeur extraordinaire (Bernard Sautarel) sans pour autant comprendre son enseignement et sans adhérer à sa pédagogie.
Pour résumé, je ne savais pas à quoi m’attendre avec l’école de Daniel et c’est peut être finalement le fait de ne rien en attendre que le charme à fonctionner ! De plus, et il faut vraiment le souligner, Daniel est un extraordinaire pédagogue qui sait te mettre sur le chemin de tes propres progrès.
Les arts martiaux externes sont dit durs, le Xin yi bagua est un art interne à visée essentiellement martiale ; quel est l’apport de l’école de D. Belotti dans ta pratique des autres arts martiaux ?
Mes propos n’engagent que moi. Il s’agit bien de ma vision et non celle de Daniel. Donc si je cherche à tirer un enseignement de ma pratique avec Daniel, il y a deux points essentiels : une méthode de travail qui développe la prise de conscience d’une part des appuis, autrement dit la proprioception et d’autre part, des muscles autrement dit la fonction cinétique et tonique du mouvement. Pour ce dernier point, l’approche pédagogique et didactique de Daniel - sous tendue par sa maîtrise de sa discipline – nous fait approcher progressivement l’utilisation des muscles toniques c'est-à-dire ceux qui sont profond et pour lequel on a l’impression d’être porté par le mouvement !!!... la motricité étant un réflexe et non issue d’une volonté ! Ceci dit, je ne sais pas si la distinction dur/doux ou dur/mou qui caractérise celle d’Interne/Externe est très juste … toujours est-il que je ne m’y reconnais pas … si je prend les pratiquants de JJB, ceux qui ont un niveau d’expertise sont fluide, rapide, léger tout en étant lourd, dense … sûrement pas mou ni doux mais pas dur non plus … la discipline n’est pourtant pas classée dans les arts internes et pourtant … le jeu des forces en présence est constamment un jeu sans fin et fin de mouvement, de pression, de tension, d’esquive sans que l’on ait l’impression que l’énergie pour développer ces forces s’épuise … il y a ici du développement durable !
Pour chercher donc à résumer : Daniel m’a appris à mieux gérer l’énergie que je dois utiliser pour réaliser un mouvement et à développer du même coup ma vitesse et ma force au point d’impact.
Ce qui caractérise à mon sens l’école de D. Belotti est l’engagement total du corps : celui-ci apporte inévitablement puissance et précision dans le sens d’une maîtrise globale de la force interne et de son application dans le combat : qu’en est-il pour toi dans ton expérience du combat justement (dans la boxe ou autres) ?
Ma maîtrise du Xin yi bagua tel que le pratique Daniel n’est pas suffisante pour que je puisse l’utiliser en combat. Par exemple, lors d’entraînement avec casque de protection, je suis en mesure de pouvoir dire que je peux combattre dans le style du Xing chun que m’a enseigné Daniel … un Wing chun tranchant, perçant …sans concession pour lequel l’idée n’est pas de jouer mais bien d’en finir … un peu à l’image de la grue et du serpent qui sont obligés de se battre pour se défendre en désespoir de cause. D’un point de vue symbolique, pour moi le Xin yi bagua c’est … le tigre … (ou la tigresse) … et il ne se pose pas de question car c’est un prédateur ! Maintenant, l’approche des armes en Xin yi bagua est plein d’intérêt pour cela. Qu’il s’agisse du Pu tao, de l’épée, du grand bâton ou du petit bâton, j’ai pu constaté qu’il fallait être présent sur chaque mouvement … dans chaque attaque et dans chaque défense … ce qui implique d’être là à chaque instant dans chacun des muscles et cela est loin d’être facile. Aussi, ce qui me motive dans le prolongement de ma pratique du Xin yi bagua c’est justement que j’ai la nette conviction que j’améliore ma présence dans chacun de mes mouvements. En Wing chun, j’avais au départ l’impression d’être présent sur mes mouvements mais cette présence se concentrait essentiellement sur les mains, les avant bras, les doigts et les jambes … avec le Xin yi bagua, je pense que cela ne peut être suffisant … l’intention doit couvrir une plus grand partie du corps car cela met en jeu une force plus lointaine qu’il convient d’aller chercher avec des moyens supplémentaires. Aussi, l’entraînement en Xin yi bagua me semble permettre d’utiliser cette force interne dans le sens de ce que je disais précédemment : la proprioception et les mouvements sont plus profond et favorisent une plus grande vitesse, un impact plus pénétrant et un temps de réaction plus court.
Dans les arts martiaux internes il y a un travail essentiel de Nei Gong et de postures : y a-t-il nécessité pour quelqu’un qui ne pratique que l’externe de faire ce travail interne ?
Si je te réponds par la négative tu ne vas pas me croire et tu auras raison. En effet, le travail que propose Daniel dans sa pratique de l’Interne à une visée martiale et pour se faire, l’entraînement Interne façonne non seulement le corps mais aussi l’esprit. Il y a une méthode très subtile d’amélioration de la performance des muscles et des tendons, des appuis au sol, de la coordination motrice voire même du schéma corporel ! Mais en plus de cela, il y a aussi un réel apprentissage sur cette notion d’intention si importante dans le Xin yi chuan. Cette intention elle provient me semble t’il à l’origine de la forme du corps que l’on façonne notamment à partir d’exercices spécifiques et notamment des postures. Ici donc il y a un travail du corps et aussi celui de l’esprit qui te chuchote à l’oreille « a quoi ça sert » « laisse tomber » … mais il faut tenir et c’est pas gagné car il est plus facile de faire de grands mouvements qui donnent une bonne sueur que de rester immobile dans des positions où il y à un état modifié de la conscience tel que là aussi, nous finissons par en suer ! Avec le travail interne tel que le propose Daniel : de la forme remonte le fond !
Faut-il qu’à un moment de son parcours martial, le pratiquant se pose la question de ce travail « sur soi » ?
Le Kung Fu c’est l’homme qui se réalise à travers son travail … c’est se parfaire pour se réaliser … maintenant les arts martiaux n’ont pas le privilège d’être la seule activité qui permette à un être humain de donner du sens à sa vie. D’autant que les arts martiaux - pour moi - ont en tout cas une grande somme de juvénilité voire de puérilité ! Aussi faut-il redoubler de questionnement sur sa pratique. Le Xin yi bagua donne justement cette possibilité. Il offre un autre regard de l’œuvre que nous pourrions souhaiter voir se réaliser, pas simplement « sur soi » mais en soi et pour soi ! En espérant que cela permette de s’améliorer dans sa relation au monde extérieur et notamment, dans les relations humaines toujours aussi complexe !
Pour un pratiquant de l’externe, quel est l’intérêt d’aborder un art interne comme le Xin yi Bagua. Peut-il n’aborder cette discipline que pour son aspect externe ?
L’intérêt se lit dans mes propos précédents. Pour compléter, le stage de petit bâton que tu organises en faisant venir Daniel est un excellent moyen de venir découvrir une autre façon de bouger. Maintenant, il faut faire attention et prévenir l’ensemble des pratiquants sur le fait que l’on cherche toujours une consonance cognitive lorsque l’on a une dissonance ! Autrement formulé, on cherche toujours un point d’ancrage dans ces connaissances pour justifier sa pratique voire pour justifier un savoir sur son ignorance. Umberto Ecco soulignait que lorsqu’en Chine, Marco Polo vit la première fois des rhinocéros, il en déduisit que les licornes existaient belles et biens mais qu’elles étaient plus grosses que l’on pouvait s’y attendre ! Si on s’en tient à l’aspect extérieur de la pratique de Daniel c’est que la personne n’aura pas saisie l’ensemble des transformations qu’il convient de réaliser dans sa manière de bouger pour parvenir à faire ce qu’il demande. Bouger comme Daniel demande une véritable révolution dans sa tête. Et c’est ça qui est génial. Et la pratique du petit bâton permet peut être encore plus de voir la différence entre une pratique externe et celle, qui demande de venir chercher la cinétique du bâton le plus profondément possible dans le corps du pratiquant.
Les pratiquants du Kali connaissent bien ce travail du bâton court. Quelles sont les différences et les similitudes ? Qu’est-ce que ces deux disciplines peuvent s’apporter mutuellement ?
Je pratique ce que l’on nomme le Kali, l’Arnis ou l’Eskrima et à la moindre occasion participe à des stages. Selon ce que j’ai pu voir notamment au Kajukenbo mais aussi dans les écoles telles que celles de Salem Asli, Olivier Bersabal ou encore les Dogs Brothers … il m’est difficile de rendre compte d’une homogénéité dans le Kali attendu en plus qu’au Philippines, la diversité me semble être comme dans les arts martiaux Chinois ou Indonésiens la règle ! Le petit bâton du Xin yi bagua est l’une des armes dans ce style. Certes dans le kali, on y trouve le bâton long, le couteau, le travail à main nue mais le bâton court (dédoublé aussi) est au moins un point commun aux arts de combats philippins. C’est donc sur ce point que les pratiquants de kali pourront s’y retrouver et s’étonner. La garde du petit bâton (plus lourd qu’en kali) du xin yi bagua est me semble t’il plein d’intérêt pour le stick fighting. L’engagement du corps et les appuis qu’il convient de trouver permettent une meilleure prise de vitesse du bâton. Les techniques de corps à corps peuvent aussi donner des idées aux pratiquants de kali ; certaines se ressemblent mais avec un positionnement du corps différent pour mettre en jeu d’autres forces et d’autres pressions sur le partenaire. Il y a un entremêlement de force opposée notamment provenant de la ligne droite du Xin yi et de la spirale du Bagua. Pour conclure, la pratique du bâton court est - qui plus est - ludique et en plus permet un prolongement de la pratique de toutes les écoles utilisant le bâton court … cela ne peut pas faire de mal !
Merci à Didier Rambaud
Interview de P. Landais
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